Collaborations public-public : comment combiner une approche verticale et horizontale?
Retour sur l’atelier animé par Audrey Lebas (Smart City Institute)
Ce 19 novembre, la 7e édition du Smart Inspiration Day avait lieu, avec pour thématique cette année la gouvernance et la co-création de valeur publique dans le contexte de la transition durable et intelligente des territoires. Durant l’après-midi, près d’une trentaine de participants (représentants d’intercommunales et de communes essentiellement) étaient notamment rassemblés pour un atelier dédié aux collaborations entre acteurs publics.
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Objectif de celui-ci : explorer comment les autorités publiques peuvent mieux collaborer dans le déploiement d'initiatives Smart City. Notre équipe a résumé pour vous dans la suite de cet article les principales conclusions issues de cette session.
La discussion, animée par Audrey Lebas, chargée de recherche au Smart City Institute, a ainsi porté sur l’identification des leviers régionaux disponibles et souhaités mais aussi sur les opportunités potentielles de partage des ressources entre les territoires pour faciliter un développement local plus efficace, durable et intelligent. L’atelier a d’ailleurs permis d’explorer plus en détail les défis majeurs évoqués dans l’un de nos derniers rapports de recherche publié intitulé « Perceptions et mise en œuvre des dynamiques Smart City : étude sur le cas de la Wallonie ».
Un manque de ressources
Premièrement, les communes wallonnes sont aux prises avec d’importantes contraintes en matière de ressources. Il ne s’agit pas seulement de limitations financières, mais aussi de ressources humaines et d’actifs matériels. Une tendance interpellante s’est dégagée des discussions en ce qui concerne les talents spécialisés : les gestionnaires de données et autres experts techniques quittent souvent leur poste au sein des administrations communales, non pas par manque de compétences, mais plutôt parce que leurs rôles ne sont pas suffisamment valorisés par rapport aux opportunités provenant du secteur privé. La nature cloisonnée des actions communales peut encore aggraver ce problème, limitant le partage des connaissances entre les services.
Collaboration vs concurrence
Le deuxième grand défi tourne autour de la dynamique de collaboration. Bien qu’il soit courant de dire que « seul, on va plus vite », cette approche individualiste peut entraver le progrès global. Il arrive fréquemment que les communes soient mises en concurrence pour obtenir du financement, ce qui conduit à un paradoxe interpellant sur l’innovation.
En effet, les participants présents ont déclaré avoir le sentiment que leurs projets doivent être innovants pour obtenir du financement, ce qui pourrait expliquer une réticence à mettre en œuvre des solutions déjà testées par les communautés voisines, créant un cycle potentiellement contre-productif en ce qui concerne la réplication (et l’amélioration) de solutions innovantes déjà testées et approuvées.
« On ne peut pas lancer un projet si ce n’est pas assez distinctif [différent / innovant] de ce qui a déjà été fait par mes voisins » : Par peur de ne pas être financé, on ne prend pas le « risque » de s’inspirer de l’existant.
Un manque de compréhension du concept de Smart City
Le troisième défi concerne le manque de vision commune autour du concept de Smart City lui-même. Les élus locaux ont souvent du mal à saisir toute sa proposition de valeur. Par ailleurs, lorsque les communes adoptent des initiatives de transition durable et intelligente, c’est souvent pour des gains/projets rapides plutôt que dans une logique de transformation profonde. Il peut alors en résulter une adoption superficielle sans véritable intégration dans la planification communale.
Des temporalités parfois difficiles à concilier
Enfin, l’atelier a souligné que la transition durable et intelligente des territoires nécessite de la patience et de la persévérance. La résistance au changement, l’inadéquation entre les calendriers politiques et les besoins de mise en œuvre des projets, ainsi que les différentes temporalités opérationnelles des secteurs public et privé, créent une complexité supplémentaire.
Collaborations public-public : quels leviers activer ?
L’atelier s’est ensuite conclu par des suggestions constructives pour l’avenir. Pour réussir, il ne faudrait donc pas seulement réfléchir au développement de solutions innovantes, mais aussi à une refonte fondamentale de la façon dont les autorités publiques collaborent et gèrent le changement dans un monde de plus en plus numérique.
Première piste évoquée : tendre vers une simplification des procédures administratives, notamment en matière de ressources humaines et de marchés publics (permettant ainsi de réduire les freins bureaucratiques). Ensuite, favoriser le passage d'une logique de concurrence à une logique de dialogue et collaboration entre communes. Dans cette optique, les participants ont souligné l’importance de pouvoir compter sur un véritable leadership communal mais aussi la valeur potentielle des partenariats universitaires pour faire progresser les initiatives Smart City.
Pour aller plus loin - Ressources complémentaires
Article rédigé avec la collaboration de Maria José Ruiz Rivera, chercheuse postdoctorante à HEC Liège.
