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Smart Cities & IA : Une discussion avec Chelsea Collier (Digi.city)



Ce 6 juin 2023, le Smart City Institute a eu le plaisir d'accueillir Chelsea Collier à Liège dans le cadre des séminaires de recherche de l'UER Management à HEC Liège. Chelsea Collier est la cofondatrice du forum Digi.City, basé à Austin (Texas, USA), qui soutient la co-création de Smart Cities et de communautés plus connectées. Elle est également doctorante à la School of Information (iSchool) de l'Université du Texas à Austin. Ce séminaire était ainsi l'occasion de découvrir les travaux de recherche de Chelsea Collier, portant sur le rôle de l'IA éthique dans le développement des Smart Cities, et d'en savoir plus sur son expérience au sujet des Smart Cities aux Etats-Unis. 

Blog - ITW Chelsea Collier

Notre coordinatrice des partenariats et des relations internationales, Audrey Lebas, a pris le temps d'en discuter plus longuement avec elle autour d'un café et vous propose, dans la suite de cet article, un résumé de son entretien avec Chelsea Collier.

Chelsea, peux-tu nous parler un peu de toi et de ton travail chez Digi.City ?

Au lieu de suivre un parcours professionnel traditionnel, j'ai toujours suivi ma curiosité et mes centres d’intérêts. J'ai travaillé dans le secteur privé, dans des start-ups, dans le secteur public, dans le secteur à but non lucratif et maintenant, je commence une nouvelle aventure dans le monde universitaire. Ce qui est commun à toutes ces expériences, c'est le concept de connexion entre les personnes, les idées, les programmes et les projets. 

Au fond, c'est l'objectif de Digi.City - démontrer l'alignement entre les Smart Cities et le bien commun. Notre travail peut prendre toutes sortes de formes –articles, événements, en passant par des publications de recherche et des projets personnels. Au lieu de définir un ensemble strict d'activités, j'ai décidé d'être un peu plus organique et de créer un forum pour rassembler les personnes travaillant à l’interconnexion des citoyens, de l’infrastructure et de l'application éthique de la technologie. 

Quelle est ta définition de la Smart City ?

J'apprécie et respecte les nombreuses définitions d'une Smart City, mais à la base, une Smart City consiste selon moi essentiellement en l'application de l'analyse urbaine pour améliorer la qualité de vie des citoyens, des résidents et des touristes. 

D'un point de vue technique, cela peut se traduire aussi simplement que des dispositifs de détection qui collectent des données, qui sont partagées sur un réseau câblé ou sans fil, puis analysées pour atteindre des objectifs spécifiques. Mais la définition technique n'est pas la partie la plus intéressante ni même la plus importante d'une ville intelligente. Le véritable pouvoir d'une Smart City est d'engager les membres d'une ville - la communauté - à déterminer comment créer de meilleurs résultats. Cette démarche peut être axée sur la mobilité/les transports, la durabilité, l'énergie, la qualité de l'eau et de l'air, ou encore d’autres aspects.

D’ailleurs, j'essaie généralement d'utiliser le terme "communauté" plutôt que le mot "ville", car il est plus centré sur l'être humain. Une communauté est un groupement de personnes (qui peut être défini par une combinaison infinie de paramètres !) alors qu'une ville est simplement une limite géographique pour une population métropolitaine. Mais le terme "intelligent" peut s'appliquer partout où il est possible de collecter et d'analyser des données provenant de capteurs connectés. Il peut s'agir de villes intelligentes, de villages intelligents, voire même d'îles intelligentes ! Le concept de communauté est malléable et fluide - une communauté pouvant se définir (et se redéfinir). J'aime l'idée de communautés flexibles, adaptatives et en constante évolution. Une communauté définit une ville - cette idée est passionnante pour moi.

Quelles sont les principales différences d'identité que tu as pu relever entre les Smart Cities en Belgique/Europe et les Smart Cities aux Etats-Unis ?

Mes expériences en Europe et en Belgique (plus récemment à Liège !) sont toujours très réparatrices. Il y a un sentiment d'objectif partagé et de cadre commun, même s'il y a toujours un débat ouvert sur la mise en place des Smart Cities. Aux États-Unis, la perspective est plus individualiste. Nous manquons d'orientations unifiées au niveau fédéral. Par exemple, l'UE a adopté le GDPR, mais les États-Unis débattent encore de la nécessité d'un cadre commun de gestion de données. Je suis enthousiaste quant au travail réalisée par le National Institute of Standards and Technology (NIST) et la mise en place de lignes directrices à l’échelle nationale pour une utilisation éthique de l’intelligence artificielle (IA).

Une autre distinction importante entre l'UE et les États-Unis est l'accent mis sur la durabilité et la réduction/neutralité carbone. Pour certaines villes américaines, il s'agit d'une priorité, mais elle n'est certainement pas omniprésente. Bien sûr, j'aimerais que les villes, les régions et les États américains mettent davantage l'accent sur le soutien aux efforts de durabilité des villes intelligentes.

Tu es actuellement en train de réaliser un doctorat à l'ISchool de l’UT Austin. Quel est l’objectif de cette recherche ?

Je suis retournée à l'Université du Texas à Austin à l'automne 2022 pour commencer mon doctorat parce que je crois que la recherche universitaire a beaucoup à apporter au mouvement des Smart Cities. Il peut être difficile de combler le fossé entre les secteurs universitaire, gouvernemental, industriel et social - et c'est dans ce domaine rassembleur de la recherche que je suis la plus épanouie ! 

J'ai également été inspirée par le programme interdisciplinaire Good Systems, qui est un « UT Grand Challenge » visant à comprendre en profondeur et à traiter la question complexe de l'IA éthique. J'ai l'honneur de travailler avec Good Systems en tant qu'assistante de recherche et doctorante sous la supervision du Dr Ken Fleischmann. 

Mes recherches portent sur la manière dont l'IA éthique peut encourager l'engagement public, en particulier auprès des publics sous-représentés. Il peut être difficile pour les citoyens et les résidents de se sentir "entendus" par leur ville. Je suis convaincue que la technologie, y compris l'IA, peut contribuer massivement à cette mission d'une manière éthique.

Comment ton séjour de recherche actuel au CityScienceLab de Hambourg (Allemagne) soutient-il cette recherche ?

Le City Science Lab - Hamburg de l'Université HafenCity est une source d'inspiration pour moi depuis de nombreuses années. Ce groupe de chercheurs se penche sur les inégalités urbaines et utilise des technologies émergentes, notamment des tables tactiles numériques, des outils de réalité virtuelle et augmentée (AR/VR), des jumeaux numériques et bien d'autres choses encore, pour encourager un plus grand engagement et une plus grande participation des citoyens. La combinaison de l'intelligence humaine et de l'intelligence artificielle pour créer des villes plus inclusives et durables est, espérons-le, l'avenir pour tous. Ce travail est l'une des principales raisons pour lesquelles j'ai décidé de poursuivre un doctorat et l'opportunité d'être à Hambourg cet été et de travailler aux côtés de ces équipes est un véritable rêve devenu réalité. Je ne suis ici à Hambourg que depuis quelques semaines et l'expérience est déjà transformatrice. J'ai hâte de vous en dire plus bientôt !

Un dernier mot : quel a été ton endroit préféré à Liège pendant ton court séjour ?

Ah, il y a tellement de beaux endroits et je les ai tous appréciés. Pour être honnête, je ne peux pas en choisir un seul - j'aime être au milieu d'une ville, explorer son caractère. C'était vraiment intéressant de voir le processus de réalisation du tram. Je suis sûre que les travaux posent des problèmes aux habitants et aux touristes, mais je suis également certaine que le résultat sera merveilleux. J'espère avoir l'occasion de vivre le "pendant" et le "après". En d'autres termes, j’espère revenir un jour à Liège !

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